Lectures/Extraits

Luc Dietrich (extraits du "Bonheur des pauvres"):

C'est par hasard le premier auteur à pénéter sur mon blog (note), parce-que c'est celui que je le lis en ce moment, c'est de bonne augure, aussi je me plaçe sous son parrainage en tant qu'ayant moi-même attrappé le virus de l'écriture, tout ceci est mal formulé, aussi, je lui cède la parole, et quelle parole!

..............Dans l'église, l'orgue rendait les voûtes plus grandes. C'était triste comme penser. Et des choeurs répondaient comme une forêt avec ses grands arbres et ses jeunes herbes.Il y avait des voix de femmes déchirantes comme des oiseaux qui s'envolent, heureuses comme des matins de départ, et des voix graves comme des orages qui approchent, comme le soleil lorqu'il tombe, comme le silence quand les hommes sont morts.............

..........Et plus tard, à table, en face de ma mère au visage heureux, je sentis descendre jusqu'au fond de moi la grande clarté du jour. Par les vitres on voyait une maison en ruines où n'habite personne, et qui pourtant est aimé de Dieu et des oiseaux et des nuages aimés de Dieu, et ici, sous nos pieds, le plancher et la poussière du plancher, et nous-mêmes nous sommes poussières, mais la poussière est aimée de Dieu...........

......Les poissons aussi ont leurs forêts, leurs routes, leurs maisons, mais on ne sait ce qu'ils sont, car ils sont aux animaux de la terre, ce que les cailloux sont aux plantes: ils sont des cailloux vivants. Ils sont comme la lune noyée sous l'eau du ciel, tandis que le soleil surnage et que sa lumière est une clameur.......................

..........Un jour, un petit homme est venu, avec un chapeau bleu comme une cloche à melon, des lichens et des saxifrages dans ses oreilles, un petit cactus à côté de son nez, des grandes mains comme des murs avec de l'herbe sèche dessus; et en effet, c'était le jardinier..........................

.........En ce temps là je réunissais mes disciples autour de mon banc en demi-lune au milieu du jardin et je leur enseignais : "Les fleurs sont plus belles que les beaux vêtements, elles sont meilleurs que les meilleurs bonbons, elles sont plus intéressantes que les livres, elles sont plus amusantes que le cinéma. D'abord, si vous êtes amoureux...."

Nous avions quatorze ans et tout le monde devenait rose.....
"Les fleurs, voilà ce que les femmes aiment, si vous leur envoyez des lettres, même si vous les parfumez, elles sentent mauvais; tandis qu'une fleur, si vous la donnez, vous n'avez pas besoin de trouver quelque chose d'autre chose à leur dire. Et puis ceux qui savent cultiver les fleurs deviennent quelqu'un: Des conducteurs d'automobile, il y en a trop, mais des hommes qui savent cultiver les fleurs, il y en a peu. Moi, plus tard, j'aurai un jardin grand comme une province, j'enverrai chaque matin un wagon de fleurs à celle que j'aime, et Agathange sera à côté de moi et me servira". À ces mots, les yeux d'Agathange s'emplissaient d'humidité, les oreilles d'Agathange fleurissaient.........

.................Un soir, je lui ai vu tirer du col de sa chemise, la fleur que je lui avait donnée, car je lui donnais chaque jour la fleur la plus secrète de mon jardin, une petite fleur qu'on cache dans le creux de la paume. Elle l'a mise dans sa bouche et l'a mordillée. Alors je suis redescendu dans le jardin, troublé jusqu'à l'affolement. J'ai cherché la petite fleur semblable et je l'ai mordillée. Une tige m'a touché, c'était comme si son petit doigt m'avait touché. Un pétale m'a frôlé, c'était comme si j'avais senti sa joue. Toutes les corolles frissonnaient oui, car ses yeux sont comme des pois-de-senteur.......

...............Pour le moindre de ses récits elle se tournait tantôt vers moi, tantôt vers lui, à intervalles égaux et quand c'était mon tour, j'ouvrais les yeux tout grand pour ne rien perdre d'elle. Je pensais : "Maintenant, maintenant, je vais voir la couleur de ses yeux." Les tresses de ses cheveux m'étreignaient le coeur, sa douceur tombait sur moi comme une neige, mais quand elle s'était retournée, c'était comme si je n'avais rien eu, il ne me restait d'elle aucune image. Nous étions tout deux engourdis par sa beauté...................

............Quand j'étais trop triste, Saint-Yves m'emmenait à l'église et nous montions à l'orgue. Les voûtes commençaient à se noyer et les sons tout à coup montaient du soir.
D'abord, c'était une note faite d'une substance unique et sans nul changement. Puis trois, s'étendant par couches au-dessus d'elle et chacune était un élément. La voix disait : "Ceci est! Cela est!"
Et voilà, le monde paraissait tel qu'il est, arrêté, plein, mais transparent comme la glace et le feu.
La main de Dieu s'ouvrait où reposait la lourdeur des orages, la lourdeur de la terre et des roches, la force des marées, les fleuves que rien n'arrête, l'ébranlement du ciel où les astres roulent.
Et l'autre main soutenait une mouche, un coquillage, une goutte, une pensée.
Mes nerfs devenaient des fibres végétales où la sève montait, et nourri du terreau noir, j'étais un vieil arbre qui élève sa puissance jusqu'à l'infinie petitesse des bourgeons.
Je voyais la vie comme une feuille que le soleil prend à revers avec ses nervures ouvertes, la filiation des peines et des joies, les justices du hasard.............

n.b: j'ai récupéré cet article d'un ancien blog à moi nommé "Versatiles" retour


 

 

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