les élémentaux: eau

Extrait de "philosophes taoïstes" vol II editions Pléïade

Rien sous le ciel n'est plus souple et faible que l'eau.
Pourtant sa grandeur dépasse toute mesure et sa profondeur est insondable;
elle s'étend jusqu'à l'infini, et se perd au loin dans l'illimité.
Qu'elle s'accroîsse ou s'épuise, augmente ou diminue,
elle participe de ce qui est incommensurable.
S'élevant dans le ciel, elle devient pluie et rosée
et, retombant, elle humecte et arrose la terre.
Sans elle, les dix-mille êtres ne naîtraient pas
et les cents affaires ne seraient pas complétées.
Enveloppant largement la multitude des êtres,
elle est dépourvue de toute préférence.
Ses bienfaits s'étendent jusqu'aux insectes et aux vers,
mais elle n'attend aucune récompense.
Elle comble les cents noms de sa vertu sans être prodigue.
Tantôt son flot se gonfle sans limites,
tantôt elle set si ténue qu'elle devient insaisissable.
La roue-t-on de coups, elle ne porte aucune meurtrissure;
La fouette-t-on, elle ne subit aucune blessure;
La coupe-t-on, elle n'est pas sectionnée;
La soumet-t-on au feu, elle ne se consume pas.
Douce et accommodante, elle coule en épousant les contours,
et se ramifie en un réseau enchevêtré sans pour autant se disperser.
Sa finesse pénêtre la pierre et le métal et sa force porte le monde.
Elle se meut dans le territoire du sans-forme et s'élève en spirale au-delà de
l'indistinct.
Tantôt elle serpente dans les vallées, tantôt elle déferle dans la plaine
inculte des grands confins.
Selon sa surabondance ou son insuffisance, elle emprunte et redonne au ciel et à
la terre.
Elle pourvoit les 10.000 êtres sans ordre de préséance et il n'y a pour elle ni
domaine privé, ni domaine public.
Bouillonnante et débordante, elle forme une grande union avec le ciel et la
terre.
Ne reconnaissant ni droite ni gauche, elle se ramifie et serpente en
accompagnant les 10.000 êtres du commencement à la fin.
Aussi l'appelle-t-on vertu parfaite.
C'est d'être douce, accomodante et pénétrante que l'eau peut atteindre la
perfection de sa vertu dans le monde.
C'est pourquoi Lao Dan note dit:
"Le plus souple en ce monde est porté par le plus dur
comme par un coursier rapide.
Le non-être pénêtre le sans-intervalle.
A celà, je reconnais l'avantage du non-agir"
(Huainan zi) (philosophes taoïstes - Pléïade tome2)

Lao Dan: Lao zi ou Lao Tseu, dans le Daode jing


(parralèle avec dans le Cantique de frêre Soleil du "Poverello" les deux lignes
de cette louange à la "Nature" en tant que création:
"Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur eau,
qui est très utile et humble, et précieuse et chaste. ")


Cycle de l'eau

Au lever du jour
l'eau s'éparpille
l'herbe est constellée
de grains liquides

le temps de boire le café
l'H²O s'est envolée

chacun prend sa teinte jaune
brune ou mordorée
le blé cuit la sauterelle saute
le boeuf est altéré

on regarde dans un coin du ciel
un nuage peut-être torrentiel

il part sans s'être dégonflé
le soleil est bien fatigué
et c'est pourtant la nuit qui tombe
et le repos sur le monde

dans la nuit réapparaît
l'eau fraîche qui s'éparpille
le ciel set constellé
de grains liquides

Raymond Queneau: "Battre la campagne"


L'iode natif

Cendres violettes du varech

odeur de la naissance

peinte sur la grève

 

asseyons-nous un moment

on ne voit pas plus loin que l'horizon

tout se cache derrière soi

allons!

 

ces cendres réconfortent

le passant douloureux le long des mers mortes

 

qu'il reprenne joie

lorsque avance la vague dominée

comme est la grève abandonnée

avec cette odeur

R.Queneau "Fendre les flots"


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